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11H16 - lundi 11 mai 2015

La Chronique politique et diplomatique d’Opinion Internationale

lundi 11 mai 2015 - 11H16

 

 

Et si l’Afrique s’embrasait ?

On parle tous les jours du réveil de l’Afrique, on présente le continent noir comme l’eldorado de demain. Tout ceci est vrai. Mais pour l’heure, ce sont les Africains qui ont rendez-vous avec les Africains ! Burundi ou Burkina Faso ? Quel modèle voulez-vous ?

Bujumbura et le Burundi sont sur le point de basculer dans la guerre civile, à moins qu’un véritable coup d’Etat du président Pierre Nkurunziza ne vienne taire, provisoirement, ses opposants qui lui refusent un troisième mandat présidentiel.

Nous ne parlerons même pas de la Centrafrique qui s’enlise dans une transition molle conduite par une présidente qui, malheureusement, a prouvé son incompétence et son népotisme.

Le Burkina Faso, lui, tente de dessiner une nouvelle voie démocratique après la révolution d’octobre 2014 qui a conduit à la fuite de Blaise Compaoré. Le peuple burkinabé, aidé par quelques militaires dont le général Honoré Traoré, a réussi pacifiquement à donner un coup de balai citoyen.

Burundi ou Burkina Faso ? De nombreux chefs d’Etat africains seront confrontés à des échéances électorales décisives en 2015 et 2016 et sont critiqués de vouloir s’accrocher au pouvoir quitte, parfois, à procéder à des réformes constitutionnelles. L’alternance comme principe démocratique, vous connaissez Madame, Messieurs les chefs d’Etats et de gouvernement africains ?

En tout cas, ce qui est nouveau, c’est que les peuples eux-mêmes, ou plutôt les élites issues des classes moyennes supérieures de ces pays, n’entendent plus laisser à quelques colonels ou généraux le soin de se disputer la distribution du pouvoir, à chaque fois pour quelques décennies.

Les peuples africains et leurs élites éclairées comptent clairement disputer le pouvoir aux quarterons de chefs d’Etat vieillissants ou de nouvelles dynasties politiques qui s’imaginent éternelles.

De passage à Paris, le Docteur Marcel Guitoukoulou est un produit de ces nouvelles élites africaines : médecin, co-dirigeant d’une polyclinique d’Aix-en-Provence, il compte bien disputer à Denis Sassou Nguesso la succession du pouvoir en 2015.

A quand un soulèvement?

 

 

L’absence Moscou

Bien sûr que Poutine est un dictateur (légalement élu), bien sûr qu’il déstabilise l’Europe orientale en redessinant par la force les frontières est-européennes, bien sûr qu’il met trop en avant sa force militaire. Mais la Russie fut un des libérateurs du joug nazi.

Et alors que l’Europe, et la France plus particulièrement, se répand en commémorations des esclavages, du Centenaire de la grande guerre, des 70 ans de la seconde guerre mondiale, l’absence des chefs d’Etat occidentaux le 9 mai aux célébrations organisées par les autorités russes à Moscou est une faute historique.

L’Europe a besoin d’une politique russe pour que la Russie regarde vers l’Europe plus pacifiquement.

Certes, Laurent Fabius représentait la France (et encore, pas à toutes les festivités). Mais cette désertion occidentale contribue à l’émergence d’une nouvelle bipolarité mondiale : d’un côté les anciens Etats occidentaux, de l’autre les nouvelles puissances émergentes (Chine, Inde en tête). Dommage, un rendez-vous historique manqué.

 

 

Mémorial ACTe for ever

La mémoire des esclavages méritait bien son Mémorial ACTe. Le plus grand centre mémoriel au monde consacré aux esclavages ouvrira ses portes au public le 7 juillet prochain en Gudeloupe (France).

Le 10 mai, date de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, instaurée en 2006 par Jacques Chirac, alors président de la République, à l’initiative de Christiane Taubira, aujourd’hui ministre de la Justice et garde des Sceaux, le Mémorial ACTe fut inauguré en grande pompe : le président de la République français, ses homologues sénégalais, Macki Sall, et béninois, Thomas Boni Yayi, la secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean, citoyenne canadienne d’origine haïtienne et elle-même descendante d’esclaves, inaugurent aujourd’hui ce Centre unique au monde.

Sans complaisance (les responsabilités africaines ne sont pas oubliées), dans une approche actualisée (en soulignant que l’esclavage se pratique encore aujourd’hui), le Mémorial deviendra sans nul doute une étape obligée de toute visite dans les Antilles françaises.

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Vive le lyrisme hollandien

Les médias l’avaient somme toute peu relevé : le 31 décembre dernier, François Hollande avait annoncé, dans ses vœux aux Français, son souhait que la Conférence Climat qui se tiendra à Paris en décembre prochain adopte une « Déclaration des droits de l’humanité pour préserver la planète ». Une Charte de plus sans conséquences concrètes ? Un excès de lyrisme déclaratoire ? Ou la juste mesure de la situation de danger auquel font face aujourd’hui la Terre et les Hommes ? Les conclusions de la Conférence des Nations Unies nous le diront.

Une nouvelle preuve de lyrisme nous fut donnée avec, cette fois-ci, une touche glamour lorsque l’actrice Marion Cotillard et (ne l’oublions pas) la sénatrice philippine Lauren Legarda mobilisèrent leur talent et leur charme pour tenter de toucher le cœur de l’opinion internationale en proclamant l’Appel de Manille le 26 février dernier.

Pour l’heure, en Martinique, François Hollande poursuit son tour du monde des rendez-vous régionaux préparatoires de la Conférence de Paris. Après les Philippines, voici la Martinique et l’appel de Fort de France lancé le 9 mai pour sensibiliser la communauté internationale aux enjeux du climat pour la Caraïbe.

Proclamé cette fois-ci par Ségolène Royal, ministre de , en présence d’une trentaine de délégations des Etats (souvent des micro-Etats) de la région, l’Appel de Fort-de-France redouble à son tour de ce « lyrisme hollandien » avec un texte d’un style enlevé et cette phrase conclusive aussi osée que sublime :

« Nous sommes dans le monde et le monde est en nous.

Dès lors, nous sommes le monde ».

On ne pourra dire que les arts et les belles lettres ne se seront portés au secours de la planète. Espérons que les Etats du monde seront à la hauteur des espérances exprimées dans ces paroles.

 

Lire le texte intégral de l’Appel de Fort de France.

 

 

 

Directeur de la publication