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10H27 - jeudi 11 septembre 2014

« Le crowdfunding bouscule les esprits et renouvelle le financement des associations »

 

Fabrice Carrega dirige Arizuka, une plateforme de financements participatifs, dédiée à l’économie sociale et solidaire. Entretien en marge du Forum mondial Convergences qui vient de se terminer à Paris sur les enjeux du crowdfunding, une petite révolution dans le financement de l’économie sociale et solidaire.

Arizuka et le Crédit Coopératif viennent de s’associer : la banque coopérative entre au capital d’Arizuka (à hauteur de 16%) aux côtés d’investisseurs individuels. De quoi faire décoller les valeurs de la société (innovation sociale, développement durable et solidarité internationale) auprès de porteurs de projets, surtout dans le monde associatif.

Carrega

Que signifie Arizuka ?

Absolument, cela signifie fourmilière en japonais. Arizuka est une fourmilière de l’innovation sociale et de la solidarité. Notre philosophie, c’est de se dire que chacun à son échelle peut apporter un petit quelque chose à des projets qui changent le monde.

Vous proposez des solutions de « crowdfunding ». En français, cela donne… ?

La traduction française, c’est « financement participatif ». Mais ce n’est pas forcément la meilleure traduction parce qu’on passe un peu trop vite sur la notion de « crowd », c’est-à-dire de foule. L’idée, c’est vraiment ceci: le financement par la foule. En dons, en prêts, en investissements, par une multitude de personnes pour de petits montants. C’est l’inverse du prêt bancaire où vous aurez une, deux, parfois trois banques qui vont vous prêter de l’argent, là vous aurez 100, 1000 personnes qui vont vous prêter ou investir sur votre projet.

C’est la démocratie au cœur de l’économie si l’on s’en réfère à l’idée que la démocratie, c’est la loi du nombre ?

Exactement. Le crowdfunding ne réside pas uniquement dans le fait de financer des projets, mais aussi dans la viralité et la diffusion large de l’information. On ne fait pas un don à une association en mettant un bulletin dans une enveloppe. On fait un don et on est invité à le partager avec son entourage. C’est là que se situe vraiment l’innovation.

Quels sont les projets que vous avez réussi à soutenir et dont vous êtes le plus fier ?

Je suis fier de tous les projets. Nous avons beaucoup de projets de solidarité internationale. Des projets qui sont portés par des associations étudiantes, au Togo, au Bénin. On a l’effet papillon qui est un projet d’entrepreneuriat social qui a eu un prix Ashoka récemment. Il y a eu un projet avec l’école nationale des arts du cirque dans le Limousin… Les projets de proximité, de solidarité locale et internationale, de développement durable foisonnent. Et forment une véritable fourmilière d’un nouveau monde qui se construit sous nos yeux.

Les budgets que vous avez permis de lever sont de quel ordre ?

Pour les petites associations, cela peut aller de quelques centaines à quelques milliers d’euros. Nous avons réalisé cet été une levée de plusieurs milliers d’euros pour les Eurockéennes solidaires, pour l’accessibilité au festival des personnes à mobilité réduite.

Où en est le crowdfunding aujourd’hui ?

Dans le monde, les montants levés par le crowdfunding doublent chaque année. En France, on est en 2104 à environ 80 millions d’euros de financement, c’est relativement modeste pour le moment, mais on va plus que doubler ces chiffres. C’est un marché en pleine croissance qui est aussi en train de se réguler d’un point de vue économique et législatif. La France est assez en pointe en la matière.

Quels sont les pays leaders ?

Les Etats-Unis ont un peu d’avance : le phénomène s’y est vraiment lancé un peu plus tôt, dans les années 2008/2009. En France, le crowdfunding est littéralement en train de décoller.

Le crowdfunding ne remet-il pas en question certains traits culturels du modèle français ? On n’aime pas parler d’argent ni encore moins communiquer sur ses fonds…

Effectivement, les porteurs de projets n’ont pas forcément l’habitude de se mettre en avant, en particulier sur Internet, concernant leurs besoins de financement. Mais le crowfunding va dans le sens de l’histoire et les acteurs de demain, surtout dans l’économie sociale et solidaire, sont en train d’apprendre en marchant. Certaines structures doivent se remettre en question et nous les accompagnons dans ce changement de paradigme. Le crowdfunding rend un peu moins complexe le rapport à l’argent dans les sociétés latines.

Vous-même, vous venez de la banque. Pourquoi avez-vous quitté le confort feutré et le salaire d’une grande banque pour vous aventurer sur ce terrain-là ?

J’ai effectivement vécu quelques années dans la finance entre 2005 et 2011, en particulier dans la gestion des risques, et c’est vrai qu’on passait du temps à se poser des questions sur le sens de certaines actions, les risques qui étaient pris par certaines structures.

Pendant un temps, nous espérions que les choses changent dans ces institutions, que l’on pourrait faire évoluer certaines situations. Puis, il a semblé plus pertinent de porter notre propre vision de la finance dans un projet alternatif.

Quand avez-vous fait le pas ?

Ce fut un travail de longue haleine : le projet a commencé en 2010 et la plateforme a été lancée en 2012. Voilà deux ans qu’on finance des projets principalement associatifs mais aussi d’entreprenariat social, de coopératives et de quelques particuliers qui portent des projets d’intérêt général.

Jérôme Kerviel vient de sortir de prison avec un bracelet électronique. Cela vous parle ?

Oui cela me parle… Les choses ont-elles évolué dans l’univers financier depuis sa condamnation ? Je ne pense pas. Et les responsabilités dans ces excès sont évidemment partagées entre les acteurs comme Kerviel et les banques.

Beaucoup de choses doivent encore évoluer car nous faisons face à un système international gigantesque qui n’est pas régulé partout de la même manière et qui échappe à bien des égards à toute maîtrise. Mais nous en avons pour longtemps.

En tout cas, pour vous c’était trop long… Vous avez préféré prendre votre destin en main ?

Absolument. Arizuka en est le résultat.

Arizuka

 

Pour aller plus loin : www.arizuka.com

 

Propos recueillis par Michel Taube avec Boris Deroose

Directeur de la publication

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